Tous ceux qui voient un Colorama devraient pouvoir imaginer qu’ils sont capables de réaliser la même superbe photo.
Considérées comme les plus grandes photographies du monde, les Coloramas présentent une vision idéale de la société américaine. Au-delà de la prouesse technique, ces mises en scène spectaculaires et monumentales ont contribué à ériger le « rêve américain ».
En 1950, Kodak installe ses premiers Coloramas dans la prestigieuse gare centrale de New York. Leurs dimensions exceptionnelles 5,5 x 18 mètres font rapidement connaître ces diapositives géantes rétro-éclairées comme les plus grandes photographies du monde. Entreprise de grande envergure, la production des Coloramas nécessite les efforts combinés des départements marketing de Kodak, des techniciens et de nombreux photographes éminents tels Ansel Adams, Ernst Haas ou Eliot Porter. La démarche à elle seule constitue un véritable tour de force technique et vise à promouvoir pellicules et appareils photos de la marque auprès d’un large public. En 1955, alors que s’élabore l’Ektacolor couleur pour instantanés, Kodak prend la tête du marché de la photographie amateur.
Jusque dans les années 1970, le motif déclaré des Coloramas est la photographie elle-même. Les personnages munis d’appareils photos qui peuplent ces images sont invariablement des amateurs pour qui la photographie constitue autant un plaisir qu’un moyen de fabriquer des souvenirs.
Colorama fait de la photographie une vitrine des activités sociales américaines, avec pour sujets de prédilection, anniversaires, mariages, vacances, loisirs, rencontres sportives et fêtes populaires. Prenant comme décors champs de fleurs, mers et montagnes ou ambiances familiales, les séances photographiques s’installent bientôt dans les paysages grandioses de l’Amérique et les sites touristiques emblématiques.
Colorama est un spectacle. La théâtralité des mises en scène, alliée au format gigantesque de ces photographies couleur, presque surréelles, ont ainsi fixé des images immuables alternant scènes de la vie ordinaire d’une société américaine idéalisée et sujets exceptionnels.
Consciente de l’impact visuel d’un tel outil de communication, l’entreprise de Rochester a rapidement développé une technologie à la hauteur de ses ambitions.
La prise de vue et le développement de ces photographies panoramiques aux couleurs et aux contrastes saisissants imposent nombre de contraintes : utilisation d’émulsions très fines nécessitant la maîtrise de la lumière (à grand renfort de flashs simultanés, y compris en extérieur), la fixation des mouvements, les agrandissements successifs et le tirage en plusieurs dizaines de lés d’une immense diapositive ; cette image était ensuite installée sur un support nécessitant plus d’un kilomètre de tube cathodique. Au fil des années, Kodak Colorama devient la vitrine des progrès technologiques les plus spectaculaires de la photographie.
Pendant quarante ans, 565 Coloramas ont été exposés dans la gare centrale de New York, un lieu drainant à son apogée, plus d’un demi-million de personnes par jour. La rénovation en 1990 de la gare centrale a marqué la fin de l’une des campagnes de marketing et de développement de produit les plus réussies de l’histoire de Kodak. Au-delà de son succès populaire, Kodak Colorama a enseigné non seulement quoi photographier, mais une manière de voir le monde comme s’il était une photographie.
Kodak Colorama au musée de la photographie à Chalon-sur-Saône.
En 1961, le groupe Kodak choisit de s’installer à Chalon-sur-Saône.
Des liens se tissent avec le musée Nicéphore Niépce et aboutissent à un don en 1986. Détenteur d’une collection d’appareils et équipements photographiques traditionnels et numériques, Kodak Industrie procédera par la suite à d’importants dépôts, essentiels à la connaissance de l’histoire de la photographie commerciale. Parmi ceux-ci, plus de 200 reproductions sur plan film de Coloramas ayant été exposées pour la plupart, dans les locaux de Kodak Pathé à Paris. Une sélection d’une vingtaine de Coloramas sera présentée sous la forme de tirages d’environ 60 x 170 cm au musée Nicéphore Niépce cet été. Elle fera écho à l’importante exposition « Sous un beau ciel bleu… un siècle de couleurs et de photographie », une approche inédite et originale de la couleur dans la photographie à partir des collections du musée. La présentation de ce fonds officialisera une nouvelle donation de Kodak, composée de photographies, de matériels et d’archives au profit du musée Nicéphore Niépce.

