Après une rétrospective bien accueillie à l’Espace Electra à Paris 4 novembre 04 > 20 février 05 une seconde exposition à Chalon-sur-Saône complète la présentation de l’oeuvre photographique d’Eustache Kossakowski 12 mars 05 > 22 mai 05. La rétrospective parisienne couvrait logiquement l’ensemble d’une production qui débuta en Pologne à la sortie de la Seconde guerre mondiale, s’épanouit en France, pour se terminer par un retour conscient et ironique dans la province polonaise (Les poteaux brisés).

L’exposition du musée Nicéphore Niépce, elle, se focalise uniquement sur la première série réalisée en France en 1971 : 6 mètres avant Paris, 159 photographies objectives... d’Eustache Kossakowski.

La série se composant donc de 159 images, elle fut inaugurée en 1971 au musée des Arts Décoratifs à Paris. Après un périple européen (Stockholm et Rome notamment), pour des raisons inexpliquées, l’oeuvre complète qui faisait partie des collections publiques françaises disparut. Seuls deux originaux subsistent.

L’exposition du musée Nicéphore Niépce s’avère doublement importante puisqu’elle présente pour la première fois depuis les années 1970, la série intégralement reconstituée par le laboratoire du musée à partir des négatifs originaux mis à disposition par Madame Anka Ptaszkowska. Et, trente-cinq ans après sa présentation, cette reconstitution impose 6 mètres avant Paris comme une des premières visions conceptuelles de la photographie, mais aussi comme un témoignage rare, quasi ethnographique, des mutations subies par la capitale française.



Cette exposition a été rendue possible grâce à la volonté d’Anka Ptaszkowska. Patrick Komorowski a créé les conditions pour que ce projet existe. Sylvain Charles, du Musée Nicéphore Niépce, a tiré avec rigueur et patience les épreuves modernes, pour redonner vie à une série disparue. Sans la fondation Electra, rien de tout cela n’aurait pu voir le jour.
Que soient donc remerciés, Serge Pouxviel, Claude Welty, Nathalie Bazoche, Catherine Guédin, Laurence Prod’homme, Benoît Franqueville. Enfin, François Barré qui a comme d’habitude, tout manigancé.

Paris est une ville dure, mais on était deux, Eustache et moi ;… Nous nous sommes donc promenés des journées entières à Paris, une baguette de pain à la main, Eustache avec son Rolleiflex. Un jour, puisqu’il voyait à peu près 10 fois plus que moi, il m’a montré un panneau de signalisation dans lequel j’ai vu une inscription « Paris ». Ça vaut la peine de le photographier m’a-t-il dit. Et nous avons commencé cette formidable aventure : retrouver, carte à la main, tous les endroits où les panneaux étaient plantés. C’était à la limite administrative de la ville. Eustache, qui déjà avait une réflexion très saine concernant la “légitimité” d’une bonne photo, le millimètre de différence la rendant mauvaise, a établi une règle pour tous les panneaux : le panneau au centre et pris à 6 mètres de distance. Tout ce qui l’entourait était l’effet du hasard et nous avons vécu ce hasard avec la plus grande joie.  
A. Ptaszkowska,
« Le Partage de la ligne »,
Ohm, École Régionale des Beaux-Arts, Caen,
n° 22, fév. 2004. p. 17.