Dans la continuité de la politique d’exposition des photographes des années 1920-30 en France, le musée Nicéphore Niépce présente en 2004 une sélection des Ïuvres de Pierre Boucher. L’exposition Pierre Boucher, Photomonteur, tente de recréer l’univers singulier et original de Pierre Boucher. Acteur de la Nouvelle Vision, il symbolise l’un des tournants de la photographie moderne par l’utilisation de l’image mécanique à des fins détournées.

Eveillé à la photo au moment de la Nouvelle Vision, Pierre Boucher colle à tous les registres de cette photographie moderne comme l’expérimentation avec les photogrammes, photocollages, solarisations et surimpressions. Esprit curieux, cultivé et sportif, Pierre Boucher produit aussi bien des nus surréalistes que des publicités recherchées et bien construites. Que ce soit dans le document ou dans la photographie industrielle, Pierre Boucher déclenche avec ses images chez le spectateur une grande proximité et une empathie avec le sujet représenté.

Issu des studios publicitaires, Pierre Boucher s’inspire des techniques graphiques modernistes de ce milieu et contribue à ériger le cliché de réclame au statut de photographie d’art. Les photomontages sont pour lui le moyen de rendre la photographie publicitaire plus efficace et plus frappante, en lui conférant un pouvoir déstabilisant, un effet d’étonnement.

A contrario, les nus, autre facette caractéristique de son Ïuvre, n’abusent d’aucune préciosité technique. Au lendemain de la guerre, le mouvement de libération du corps le pousse à reconsidérer les modèles sociaux. Pierre Boucher revisite sous plusieurs angles les nus féminins et masculins. Vers 1931, il réalise ses premiers nus sous l’égide de la Nouvelle Objectivité : l’image est parcellisée, le cadre décisif, les corps-troncs libérés de leurs visages. Dès 1933, il pratique le nu surréaliste, inspiré par les productions de Man Ray. Dans un troisième temps, il s’adonne au nu néoclassique. En studio ou au naturel, le nu apollinien recherche avant tout l’harmonie et la beauté

La photographie de sport fait également partie des spécialités de Pierre Boucher. Pour lui, l’instantané n’existe que dans ce type d’épreuve lorsqu’il y a arrêt sur image, fixation du mouvement : “ Aujourd’hui je chasse aux images. Il faut se satisfaire d’un rapide coup d’Ïil, saisir les mouvements en plein vol, capter la vie dans ce qu’elle offre de plus mouvant, de plus insaisissable ”. Dans la lignée des nus, ce type d’image lui donne l’occasion de présenter un corps nouveau à l’effort.

Pierre Boucher s’attache aussi à la photographie industrielle. Parallèlement aux objectifs de l’école artistique de la Nouvelle Objectivité, il souhaite révéler par la photographie, l’exacte réalité du monde. Il a la volonté de modifier le regard des gens, de montrer des choses différentes et de souligner l’éventuel aspect esthétique inattendu des objets du monde industriel.

L’esprit ouvert, Pierre Boucher est avide de toutes nouveautés concernant la photographie. Son talent et la force de ses rencontres l’ont aidé à faire valoir sa particularité : un savant équilibre établi entre photo et graphisme. Tout au long de sa vie, il a mis en scène différents milieux que l’on retrouve au fil des Ïuvres exposées. Contrairement à son acolyte René Zuber, Pierre Boucher a toujours refusé de se réfugier dans l’exclusivité d’une pratique. Son mot d’ordre était de toujours photographier ce qu’il aimait.