La ruse du visible
28.02 ... 24.05.2026
Inauguration : lundi 2 mars à 17h30
pour l'ouverture de Festival Chefs Op' en lumière

Téléchargez le dossier presse ici

Le hors champ marque de sa présence discrète les images depuis la Renaissance. Un non-dit qui avec la photographie devient progressivement un constituant fondamental de la signification des images et l’un des déterminant essentiel du langage cinématographique. Par le regard actif, la pensée glisse vers l’invisible, l’interdit, l’indicible…
L’invisible : ce que l’image dissimule ou laisse hors d’atteinte du regard.
L’interdit : ce qui est refoulé, censuré, tu, mais dont l’image conserve la trace ou le fantôme.
L’indicible : ce que ni le langage, ni le regard ne peuvent saisir. Le sacré, le mythe, le non-représentable.
Après Cinematographer  en 2023, le musée Nicéphore Niépce invite de nouveau l'Association Française des directrices et directeurs de la photographie Cinématographique (AFC), en partenariat avec le festival Chefs Op en Lumière, à un dialogue sur cette notion commune à la photographie et au cinéma : le « hors champ ».
 
Il y a dans chaque photographie ce qu’elle « donne à voir ». Et ce qu’elle donne à voir se situe à l’intérieur d’un cadre. Ce cadre, ce champ, fait le choix d’une composition, d’un équilibre, d’un monde possible. Mais il enferme autant qu’il révèle. L’art de la composition, selon le directeur de la photographie Henri Alekan, est le « sentiment d’équilibre d’une image par rapport à son enfermement ». Peut-être est-ce ici que commence le hors champ : dans ce qui échappe à cette clôture du cadre, à cet emprisonnement. Dans ce que la photographie choisit de laisser dehors, dans ce qu’elle tait, ce qu’elle ignore, rejette ou convoque sans le montrer. La photographie sait suggérer en creux, jouer au chat et à la souris avec ce qu’elle ne dit pas. Elle sait ruser avec le visible.
 
Le cinéma explore ses propres hors champ. Il partage des liens avec la photographie mais dans une logique de flux, de récit, de durée, d’espace sonore. Le hors champ y devient tension, continuité, effet d’attente ou de résolution. Il sert la narration, agit comme une promesse d’image à venir, ou une rémanence d’image passée.
 
La photographie, elle, reste et ne promet rien. Elle est là, suspendue, muette, irrésolue. Elle creuse dans sa fixité, un vide actif, une absence qui travaille le regard. En faisant dialoguer deux ensembles que tout pourrait opposer, les photographies produites par les chefs opérateurs, habitués à composer lumière, cadre et mouvement dans le flux du cinéma, et les collections du musée Nicéphore Niépce, hétérogènes, et composites, l’exposition propose d’explorer cette absence-là : ce que la photographie frôle sans le dire.
 
 __
 

Exposition en partenariat avec le Festival Chefs op’ en Lumière et l'Association Française des directrices et directeurs de la photographie Cinématographique (AFC)
 

Commissariat :
Nicolas Bouillard
Emilie Bernard et Emmanuelle Vieillard, musée Nicéphore Niépce