Penser / Classer :
50 ans du musée
hommage à Georges Perec
du 2 juillet au 25 septembre 2022
vernissage : vendredi 1er juillet à 18h30

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À l’occasion de ses cinquante ans, le musée Nicéphore Niépce [1972] propose de lever le voile sur une dimension soustraite au regard du public : dans les réserves, la richesse de ses collections. Tout montrer est impossible, une sélection représentative ne l’est pas d’avantage. Un prochain catalogue en retracera l’histoire et les politiques d’acquisition. Alors, pour en rendre sensible à la fois la diversité et le nombre, éviter les redites avec le parcours permanent, c’est à une approche amusée et poétique de ces espaces, à la manière de Georges Perec, que le public est invité.

Adepte des classements, des listes, des inventaires, surnommé le « taxinomiste fou », Perec [1936-1982] interroge et ironise dans son essai « Penser / Classer », cette manie anthropologique de vouloir mettre de l’ordre dans l’univers. L’être humain doit classer le monde pour le comprendre, pour le penser. Chaque chose à sa place, une place pour chaque chose. Cette grande « manie » est au cœur même des activités des musées. Quel que soit son champ de connaissance, un musée acquiert, inventorie, classe, conserve, transmet, expose.

Depuis cinquante ans, le musée Nicéphore Niépce s’acquitte de ces missions. Avec une particularité toutefois : son sujet, la photographie.

Une mise en abyme.

Car la photographie, fille du XIXe siècle et de ses révolutions, porte en son sein, dès son apparition, une idée fixe, une utopie. Croire que l’on peut, grâce à elle, tout montrer, et apporter le monde entier dans les musées. Croire que l’on peut faire le relevé universel et exact des choses, en conserver l’image vivante. Croire que l’on peut vaincre le temps qui passe, l’oubli et les destructions. Croire aussi que l’on peut mieux connaître et comprendre le monde, en le détaillant, en le décortiquant, en l’auscultant dans tous ses plis et replis, de l’infiniment grand à l’infiniment petit.
La photographie n’a pas failli [?] et les réserves du musée Nicéphore Niépce en sont la preuve. Depuis deux siècles, la photographie sert indubitablement nos obsessions taxinomiques, individuelles ou collectives, qu’elles soient scientifiques ou documentaires, amateures ou artistiques. La nature des collections du musée et leur organisation conduisent parfois au bord d’un vertige perecquien. Le vocabulaire listé par l’écrivain s’égrène aussi bien à l’endroit de la photographie : « cataloguer, classer, classifier, découper, énumérer, grouper, hiérarchiser, lister, numéroter, ordonnancer, ordonner, ranger, regrouper, répartir ». Puis « subdiviser, distribuer, discriminer, caractériser, marquer, définir, distinguer, opposer, etc ». Mais contrairement à ce qu’elles induisent, aucune de ces opérations ne peut être objective. La neutralité et l’exhaustivité n’existent pas. Il y a toujours la grille d’un regard, des choix préalables et un hors champ.

Heureusement, Perec nous rappelle avec humour et humilité, que notre quête d’omniscience est vouée à l’échec. Nos tentatives d’organisation du savoir sont souvent caduques à peine terminées, et peut être « à peine plus efficaces que l’anarchie initiale »…

Dans cette série, Philippe Pétremant [1976], photographie des bulles découpées dans des bandes dessinées, réagencées avec humour pour former des dialogues aux allures de questionnements existentiels.

 
 

Le musée Nicéphore Niépce conserve les archives [15 000 pièces environ] du studio de photographie beaunois de Germain Eblé [1888-1968], actif de 1924 à 1941.

En 1874, parait dans plusieurs pays ce premier recueil d’archéologie illustré par la photographie, retraçant la retentissante découverte du site de Troie. Archéologue autodidacte, homme d’affaire, Henri Schliemann [1822-1890] utilise la photographie comme preuve de la réalité et de la véracité de ses recherches.

 
 

L’apparition du format carte de visite en 1854 permet de diffuser massivement la photographie en en réduisant les coûts, et sert de support à toutes sortes de sujets ou réclames.

 

La fin du XIXe siècle voit se développer les politiques d’identification et de fichage des populations, rendues performantes par l’utilisation de la photographie. L’anthropométrie judiciaire d’Alphonse Bertillon [1853-1914] mesure, photographie, classe les corps des inculpés. Cette méthode d’identification sera supplantée par la technique des empreintes digitales.

En 1868, deux médecins de l’hôpital Saint-Louis, au fait des travaux photographiques de leurs collègues anglais, se lancent dans la publication de La Clinique photographique. L’ouvrage doit servir de référentiel visuel des maladies de peau. Un atelier photographique est créé au sein de l’hôpital. Pour rendre le plus précisément possible les nuances de couleurs, importantes pour le diagnostic, les tirages sur papier albuminés sont rehaussés à l’aquarelle en présence des malades.

 
 

Peter Knapp [1931], est photographe, peintre, graphiste, directeur artistique. Il réalise en 2005 une série de 9 portraits de jeunes habitants de Cergy, souriants, accompagnés de la référence Pantone correspondant à leur couleur de peau. Cette série s’inscrit dans le cadre d’un échange artistique entre la France et le Brésil.

Pierre Boucher [1908-2000], issu du monde publicitaire, aime à expérimenter toutes les techniques photographiques avant-gardistes des années 1930 : photogrammes, photocollages, solarisations, surimpressions, et fixations des mouvements dans les photographies de sport.

Claire Chevrier [1963] explore les lieux, observe les mégalopoles, les paysages-villes, les gestes du monde du travail et interroge la place des humains dans ces espaces.